
QuestionRelu par Hugo Berton
Email transactionnel, relationnel ou prospection : les règles de la CNIL
Email transactionnel, relationnel ou de prospection : base juridique, consentement, exception client et newsletter requalifiée, d'après la CNIL (juin 2026).
Par Hugo Berton · · 3 min de lecture · relu le 15 septembre 2026
En bref
Email transactionnel : confirmation de commande, facture, alerte de compte ou réinitialisation de mot de passe ne relèvent pas de la prospection et reposent en principe sur le contrat, sans consentement préalable. Le message relationnel, qui accompagne l'usage d'un service, repose sur l'intérêt légitime. Mais la CNIL, dans sa page du 10 juin 2026, juge sur l'objectif : une newsletter informative qui pousse vers une offre payante peut être de la prospection, soumise au consentement d'un particulier sauf exception client. Un compte créé sans achat n'ouvre pas cette exception.
- 3catégories de messages distinguées par la CNIL : prospection commerciale, transactionnel, relationnel
- 13 novembre 2025date de l'arrêt de la CJUE (C-654/23) sur la newsletter d'un site de presse, repris par la CNIL
Email transactionnel, relationnel, prospection : trois régimes
La page de la CNIL « Communications par voie électronique aux prospects et clients : quelles règles respecter ? », datée du 10 juin 2026, part d'un tri. Le même outil d'emailing peut envoyer trois sortes de messages, et les obligations dépendent de la sorte, pas de l'outil. Ces règles valent pour le courriel, le SMS, le MMS et les automates d'appel ; le téléphone et la voie postale ont les leurs.
| Message | Exemples donnés par la CNIL | Base juridique | Consentement préalable d'un particulier |
|---|---|---|---|
| prospection commerciale | message qui promeut, directement ou indirectement, des produits, des services ou l'image de l'entreprise | consentement, sauf exception client | oui, en principe |
| transactionnel | bienvenue, alerte de compte, expédition d'un colis, confirmation de commande, facture, réinitialisation de mot de passe | exécution du contrat | non, en principe |
| relationnel | conseils d'usage, alertes de sécurité, recommandations d'utilisation adressés aux clients | intérêt légitime, si les envois restent raisonnables | non, en principe ; opposition possible à certains messages |
C'est l'objectif du message qui décide
La qualification ne dépend pas seulement du contenu, mais « avant tout de son objectif ». Un message d'apparence informative reste de la prospection s'il vise à faire consommer davantage, utiliser plus souvent une plateforme ou souscrire une offre. L'exemple retenu vient de la Cour de justice de l'Union européenne, arrêt du 13 novembre 2025 (C-654/23) : la lettre d'un site de presse qui présente des articles d'actualité peut être de la prospection si elle cherche à amener le lecteur vers l'abonnement payant. Pour une TPE, une newsletter « conseils » qui renvoie à chaque numéro vers la boutique mérite la même question.
L'exception « déjà client » : quatre cas tranchés
Écrire sans consentement préalable à un particulier reste possible quand il est déjà client et que l'offre porte sur des produits ou services similaires de la même entreprise, s'il a été informé et peut s'opposer facilement à la collecte puis dans chaque message. La CNIL illustre la frontière par quatre exemples.
| Situation | Exception client ? | Référence citée |
|---|---|---|
| compte gratuit sur un site de presse financé par les abonnements payants | possible : la gratuité peut être assimilée à une relation commerciale | CJUE, 13 novembre 2025, C-654/23 |
| compte créé sur un site marchand, sans achat | non : consentement préalable nécessaire | CNIL, SAN-2021-008 du 14 juin 2021 |
| billet de train acheté, offres d'autres trajets ou d'options | oui, services similaires de la même entreprise | exemple de la CNIL |
| chambre d'hôtel réservée, offres de billets d'avion de partenaires | non : ni similaires, ni de la même entreprise | CNIL, SAN-2022-017 du 3 août 2022 |
Le contenu promotionnel glissé dans un message transactionnel
Transactionnels et relationnels ont pour objet d'informer ou d'accompagner. « Ils ne doivent pas être utilisés pour dissimuler un contenu promotionnel. » Un bandeau d'offres ou une incitation à l'achat dans une confirmation de commande expose à une requalification en prospection, avec la règle du consentement. À l'inverse, la CNIL cite une alerte immobilière demandée par l'utilisateur, qui envoie des biens similaires ou des sondages anonymes : ces messages peuvent ne pas être de la prospection (délibération SAN-2024-002 du 31 janvier 2024).
Entre professionnels, et dans tous les cas
En B to B, le consentement préalable n'est pas systématique si le message est en lien avec l'activité professionnelle du destinataire, s'il est informé de l'origine de ses données et de la finalité, et s'il peut s'opposer simplement. Pour tous les messages : informer dès la collecte, ne jamais utiliser de case pré-cochée pour recueillir un consentement, préférer une case décochée par défaut pour l'opposition, et tenir une liste d'opposition, dite liste repoussoir.
La CNIL termine par une liste de contrôle : identifier la nature du message, vérifier l'absence de contenu promotionnel significatif dans les transactionnels, choisir la base juridique, informer, vérifier la validité du consentement, prévoir la désinscription, tenir la liste d'opposition, encadrer les prestataires d'envoi, sécuriser, fixer des durées de conservation et documenter les preuves de consentement.
Ce que cette page ne dit pas
Elle ne fixe ni fréquence d'envoi raisonnable, que la CNIL n'a pas chiffrée, ni les règles du téléphone et du courrier postal. Le détail B to B et B to C est sur notre page sur la prospection par e-mail, le téléphone sur notre page sur le démarchage téléphonique et la mesure d'ouverture sur notre page sur le pixel de suivi. Page lue le 15 septembre 2026.
Questions fréquentes
Un email de confirmation de commande exige-t-il un consentement ?
Non en principe : c'est un message transactionnel, fondé sur l'exécution du contrat, selon la page de la CNIL du 10 juin 2026. Il ne doit pas cacher de contenu promotionnel.
Une newsletter informative est-elle de la prospection ?
Elle peut l'être si son objectif est de faire consommer davantage ou de pousser vers une offre payante, comme l'a jugé la CJUE le 13 novembre 2025 pour un site de presse.
Peut-on envoyer des promotions à quelqu'un qui a seulement créé un compte ?
Non sans son consentement préalable : la simple création d'un compte ne suffit pas à caractériser une relation commerciale (CNIL, SAN-2021-008 du 14 juin 2021).
Un client existant peut-il recevoir les offres d'entreprises partenaires ?
Pas au titre de l'exception client : les offres doivent être similaires et venir de la même entreprise. Pour des partenaires, il faut son consentement.
Peut-on recueillir le consentement avec une case pré-cochée ?
Non, la case pré-cochée est interdite pour le consentement ; la CNIL recommande aussi une case décochée par défaut pour l'opposition.
Sources consultées
- CNIL — Communications par voie électronique aux prospects et clients : quelles règles respecter ? (page du 10 juin 2026)cnil.fr · consulté le 14 septembre 2026