
QuestionRelu par Hugo Berton
IA agentique : les risques pour les données que la CNIL identifie
IA agentique : la note CNIL du 20 juillet 2026 pointe la circulation des données entre services, les mémoires persistantes et le partage des responsabilités.
Par Hugo Berton · · 3 min de lecture · relu le 14 septembre 2026
En bref
L'IA agentique agit sur son environnement à la place de son utilisateur, et la CNIL y voit un changement d'échelle plutôt qu'une nouveauté juridique. Trois mécanismes concentrent le risque : la circulation des données entre les services connectés, les mémoires persistantes qui accumulent l'historique, et le partage des responsabilités brouillé par la délégation. Le droit existant s'applique déjà ; ce sont ses modalités de mise en œuvre qui doivent s'adapter.
- 20 juillet 2026date de publication de la note exploratoire coécrite par la CNIL et le Conseil de l'IA et du Numérique
- 4 caractéristiquesce que la note retient de propre à ces systèmes : autonomie décisionnelle, mémoire persistante, interaction avec plusieurs services, action au nom de l'utilisateur
IA agentique : de quoi la CNIL parle
Dans une note exploratoire publiée le 20 juillet 2026 avec le Conseil de l'IA et du Numérique, lue le 14 septembre 2026, la CNIL définit le terme : « L'IA agentique désigne couramment un ensemble de systèmes qui reposent sur la coordination de plusieurs sous-systèmes appelés agents IA. » Ce qui la distingue tient en quelques mots : elle est « désormais capable d'agir sur son environnement à la place de son utilisateur ».
La note pose d'emblée ce qui change pour une entreprise qui outille ses processus : « La délégation des tâches qui lui sont confiées, facilitée par des interactions hyperpersonnalisées, implique des chaînes de traitement complexes, parfois opaques. » Une automatisation classique suit un chemin écrit ; un agent choisit le sien.
Un changement d'échelle, pas un régime nouveau
La CNIL ne décrit pas une rupture juridique mais une amplification. Le passage de l'IA générative à l'IA agentique « marque un changement d'échelle qui renouvelle et amplifie les risques pour les données personnelles des utilisateurs ».
Le premier mécanisme est la circulation : « Capables d'accéder et de traiter d'importants volumes de données à partir des multiples sources auxquelles elles sont connectées, mais aussi d'agir sur leur environnement, les IA agentiques impliquent la circulation de données personnelles entre de nombreux services. » Chaque connecteur ajouté à un agent est un chemin de plus pour les données de vos clients.
Le second est la mémoire : « la conservation de l'historique des interactions avec l'utilisateur et le recours à des mémoires persistantes participent également à augmenter les données conservées par ces systèmes sur des supports variés ». La CNIL en tire la conséquence : « Ces mécanismes favorisent ainsi la création de profils utilisateurs hyperpersonnalisés et une autonomie décisionnelle accrue. »
Le risque que la note nomme en premier : la perte de maîtrise
La formulation est directe : « Ces flux de données peuvent être difficiles à appréhender par l'utilisateur, créant un risque réel de perte de maîtrise sur ses données personnelles et mettant ainsi en tension les principes du règlement général sur la protection des données (RGPD). »
Pour une TPE, cela se traduit en questions concrètes avant de brancher un agent sur sa boîte mail ou son outil de facturation : où vont les données lues, combien de temps la mémoire les garde, et qui peut les relire. Ces réponses appartiennent au registre des traitements, décrit sur notre page RGPD TPE.
Qui est responsable quand l'agent décide
C'est le point le plus délicat, et la note l'aborde de front : « Les systèmes d'IA agentique posent également des questions de partage des responsabilités entre les acteurs, par la délégation de pouvoir qu'ils permettent. »
Et la conséquence n'est pas que juridique : « Ce fonctionnement décentralisé complexifie l'identification des responsabilités de chacune des parties et étend les risques liés à la cybersécurité à l'ensemble des services connectés aux systèmes d'IA agentique. » Autrement dit, la surface d'attaque d'un agent, c'est la somme de celles des services auxquels il a accès. Les réflexes de base restent les mêmes — voir nos bonnes pratiques IA en entreprise.
Le droit applicable, et ce qu'il faut adapter
La conclusion de la note écarte l'idée d'un vide juridique : « Si les principaux instruments du droit européen de la protection des données et de la régulation de l'intelligence artificielle leur sont déjà applicables, leurs caractéristiques propres – autonomie décisionnelle, mémoire persistante, capacité d'interagir avec une pluralité de services et d'agir au nom de l'utilisateur – appellent à une adaptation des modalités de mise en œuvre de ces règles. »
Ce sont donc les modalités qui bougent, pas les principes. Le calendrier du règlement européen sur l'IA, lui, reste celui que nous avons détaillé sur notre page dédiée.
Ce que cette page ne dit pas
C'est une note exploratoire, pas une recommandation opposable : elle n'édicte aucune obligation nouvelle et ne fixe aucune date. Elle ne dit pas quelle base légale retenir, ni quelle durée de conservation appliquer aux mémoires persistantes, ni comment répartir contractuellement les responsabilités entre éditeur d'agent et entreprise utilisatrice. Note publiée le 20 juillet 2026, lue le 14 septembre 2026.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'IA agentique selon la CNIL ?
Un ensemble de systèmes qui reposent sur la coordination de plusieurs sous-systèmes appelés agents IA, désormais capables d'agir sur leur environnement à la place de leur utilisateur.
En quoi est-ce différent de l'IA générative ?
La CNIL parle d'un changement d'échelle qui renouvelle et amplifie les risques : accès à de multiples sources, action sur l'environnement, circulation de données personnelles entre de nombreux services, et mémoires persistantes.
Faut-il un nouveau cadre juridique ?
Non selon la note : les principaux instruments européens de protection des données et de régulation de l'IA sont déjà applicables. Ce sont les modalités de mise en œuvre qui doivent s'adapter aux caractéristiques propres de ces systèmes.
Quel est le risque principal pour l'utilisateur ?
La perte de maîtrise : la note relève que ces flux de données peuvent être difficiles à appréhender, créant un risque réel de perte de maîtrise sur ses données personnelles et mettant en tension les principes du RGPD.
Cela change-t-il le risque cyber d'une TPE ?
Oui : le fonctionnement décentralisé étend les risques liés à la cybersécurité à l'ensemble des services connectés au système agentique, et complique l'identification des responsabilités de chaque partie.
Sources consultées
- CNIL et CIANum — IA agentique et données personnelles, note exploratoire du 20 juillet 2026cnil.fr · consulté le 14 septembre 2026